Coups de cœur : janvier 2008

Mille soleils splendides, par Khaled HOSSEINI

Ed. Belfond

Après son premier roman "Les cerfs-volants de Kaboul", Khaled Hosseini nous revient avec un nouveau livre bouleversant. Celui-ci raconte l'odyssée de deux femmes de conditions très différentes, mariées à un monstre ordinaire, Rashid, dans l'Afghanistan des talibans : fresque violente, dramatique et physique qui prend place à Kaboul entre 1979 et 2003.

L'auteur, médecin et fils de diplomate, émigré aux Etats-Unis rend la parole aux femmes de son pays meurtri. Pour lui, ce qui a été infligé aux Afghanes depuis 1990 est si terrible que le récit s'est presque rédigé de lui-même.

Avec ses talents de conteur, son style dépouillé mais riche en descriptions, Hosseini réussit aussi le pari de vivre sous la peau des deux femmes. Ce récit qui couvre quarante-cinq de l'histoire afghane réussit à faire tenir en équilibre ce qui relève de l'intime - la vie de Laïla et de Mariam - et de l'Histoire.

Mais ce roman n'est pas seulement une histoire en Afghanistan, il parle de la maternité, du besoin de trouver l'amour, de protéger ses enfants, bref de désirs universels. Ce sont vraiment deux vies perdues dans un champ de bataille qui nous sont racontées avec la géographie du pays, son histoire, ses maîtres successifs. L'art de l'écrivain et la réussite du livre résident dans l'équilibre trouvé entre histoires intimes et Histoire générale : Hosseini croise ces deux plans sans jamais ennuyer.

Le conflit à tiroirs qui a dévoré deux générations nous devient intelligible et proche grâce à cette fiction : on ne pourra plus voir à la TV une burqa sans penser d'abord à la personne, à ses rêves, à son rire, à sa rage de vivre qui se cache en dessous. On comprendra aussi la complexité de ce conflit avec tous ces chefs de guerre, leurs alliances et leurs revirements.

 

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Le baiser d'Isabelle, par Noëlle CHÂTELET

Ed. du Seuil

L'écrivaine Noëlle Châtelet s'est intéressée à l'histoire d'Isabelle D., la première femme à avoir vécu une greffe du visage. La romancière, dont l'œuvre est en grande partie consacrée au corps - l'anorexie, l'hermaphrodisme, la chirurgie esthétique ou encore l'euthanasie comme dans "La dernière leçon" ( 2004), un roman sur la mort de sa mère - raconte ici le drame de cette jeune femme atrocement défigurée par son chien.
Elle fait aussi le récit de l'aventure médicale qui a suivi, c'est-à-dire de la première opération mondiale de reconstitution d'un visage humain.

Noëlle Châtelet narre l'histoire vraie d'Isabelle comme une véritable épopée scientifique et humaine, plongeant le lecteur dans le déroulé des événements au jour le jour et retranscrivant les témoignages de tous ceux qui y ont joué un rôle, dont celui totalement inédit d'Isabelle qui s'était très peu exprimée lors de la conférence de presse.

Sont retracés ainsi neuf mois d'intense travail médical et psychologique, neuf mois aussi d'épisodes traumatisants et d'obstacles divers - coût de l'opération, risques très sérieux non seulement chirurgicaux mais aussi psychologiques, et avant tout déjà celui de trouver un visage (nez, bouche, menton) de jeune femme que les parents acceptent de léguer à la science - et neuf mois de rééducation, de craintes, de doutes, de fantasmes, d'espoirs et de désespoirs autour de l'opération et de la patiente.

Page après page, on découvre le cheminement psychologique d'Isabelle : horreur, désespoir, greffe, renaissance, travail d'appropriation du nouveau visage : "Le plus dur à accepter, c'était d'avoir l'intérieur de la bouche de quelqu'un d'autre."

Le livre, rédigé également d'après les témoignages des 45 membres de l'équipe médicale, donne le sentiment que l'auteur a vécu l'aventure jour après jour, et l'a racontée avec un tact extraordinaire et une compréhension intime.

Une fois les témoignages amassés, l'auteure a voulu écrire du point de vue de tous : c'est un roman, mais un roman vrai puisqu'il est construit à partir de témoignages d'une absolue vérité. Même les dialogues sont réels, dixit N. Châtelet.

L' "exploit médical" sera considéré achevé quand Isabelle pourra embrasser. Chaque jour elle s'exerce, confie N.Châtelet, ajoutant que "ce baiser, elle est tout près de le faire".

 

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Le jeudi à Ostende, par Colette CAMBIER

Ed. Le Castor Astral

Ce roman est à la fois une saga familiale romanesque et un document historique sur la Flandre de 1870 à 1980. Colette Cambier, descendante des Van der Heyde, nous emmène à la rencontre de sa famille sur fonds des grands événements socio-politiques de l'époque.

L'auteur campe une véritable chronique des mœurs et des mentalités d'une époque pas si lointaine, mais entre aussi dans l'intimité de ces familles qui ont fait la fortune d'Ostende mais surtout leur propre fortune !

Le récit tourne essentiellement autour d'un couple atypique : un frère, "Mijnheer Viktor" et une sœur "Mam'zelle", tous deux célibataires.
Les premiers chapitres détaillent les ascendances, mais les mêmes prénoms revenant, comme il est de coutume, et malgré les arbres généalogiques, on s'y retrouve difficilement : mieux vaut ne pas s'ingénier à savoir qui est qui !

Le roman cache de multiples niveaux intéressants, outre le roman de la famille, ainsi : l'opposition farouche des libéraux et des catholiques avec l'enjeu des écoles est d'époque et divise souvent une même famille. Les questions sociales deviennent très importantes : nouveaux mouvements sociaux et nouveaux partis. La question linguistique affleure : les maîtres parlent français entre eux, mais dialecte avec les servantes qui ne comprennent pas le français. On voit la ville d'Ostende grandir et d'enrichir.

Véritable chronique des mœurs, le livre plonge dans l'intimité de ces familles d'industriels ou de riches propriétaires terriens qui achètent, vendent et exploitent. Et pour ne pas dilapider l'héritage, la politique des mariages est très importante : mariage de raison ou … pas de mariage pour tous les enfants car c'est diviser l'héritage, ou mariage consanguin !

On voit aussi l'énorme influence de l'Eglise, des convenances sociales, ou encore l'ignorance dans laquelle sont tenues volontairement les jeunes filles, les méfaits du qu'en dira-t-on (était-ce cela "le bon temps" ??). La vie quotidienne se retrouve dans quantité de scènes ordinaires dans la cuisine des servantes, lors de mariages ou fêtes, les différences entre l'arrière-pays et Ostende (le jeudi) .

Colette Cambier est psychothérapeute et la dimension psychologique est très présente : influence de l'enfance, relations entre frères et sœurs : le rôle primordial est donné à "Mam'zelle" qui est le point central et rassembleur de la famille, la véritable chroniqueuse très fine des sentiments et faits de tous.

Le style est extrêmement vivant, avec le sens de la formule et beaucoup d'originalité.

Encore une note : les éditions du Castor Astral font la promotion des lettres flamandes en français.

 

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