Coups de cœur : mai 2008

Battement d'ailes, par Milena AGUS

Ed. Liana Levi
Roman

C'est le second roman d'une écrivaine sarde inconnue, découverte l'année dernière avec « Mal de Pierres » : 100.000 exemplaires vendus en français et probablement futur film de Nicole Garcia.

Ce livre est pareil au premier, sauvage, sensible, sincère. Il restitue toujours autant une Sardaigne haute en couleurs et en odeurs, en bruits et en saveurs.

L'histoire est racontée par une jeune fille de 14 ans qui ne sait jamais si elle raconte la vérité ou ses rêves éveillés : Madame est un peu extravagante, elle habite un lieu de rêve, au bord de la mer, qu'elle n'entend céder à aucun promoteur ; à peine a-t-elle accepté d'ouvrir une maison d'hôtes pour huit personnes, pas plus, à ses conditions rustiques. Madame suit une idée fixe, sauver à elle seule la Sardaigne du béton, ne pas vendre, rester pauvre.

Autour de la narratrice, un petit monde va et vient au fil de l'imagination de Miléna Agus. Elle orchestre des scènes sublimes ou touchantes ; la magie a sa place chez elle comme la liberté et l'amour.

« Battement d'ailes » est surtout un éloge à la liberté, une revanche de la fiction sur la réalité. Dans cette histoire, le malheur vient parfois perturber les choses. Sans magie, la vie a parfois un goût d'épouvante, ajoute la narratrice qui implore le retour des « battements d'ailes » des morts aimés.

Dans ce livre on retrouve un style en phrases courtes, la superstition et les rituels, les sentiments et la « folie douce », des personnages habités, sensuels, à la marge mais solidaires : un livre qui parle à nos coeurs, de nos envies et de nos peines, de la nostalgie de l'enfance, de la vie tout simplement.

A découvrir !

 

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Ma robe n'est pas froissée, par Corinne HOEX

Ed. Les impressions nouvelles
Roman

Corinne Hoex nous entraîne dans la spirale sans fin de la violence dans la famille. C'est en effet à la destruction systématique et organisée d'un être humain que nous confronte la romancière.

Elle nous livre un roman très personnel, en trois temps.
Dans la première partie, on apprend que le père de la narratrice est mort et elle lui parle dans une sorte de lettre posthume : on découvre alors l'enfer quotidien de l'enfant puis de la jeune fille battue par un père recherchant une fille parfaite et inévitablement déçu, l'angoisse de surveiller chacun de ses gestes, la soumission l'ambiguïté de la relation, le désir pour la fille de plaire à son père, puis le geste ou la parole déplacée qui conduit aux représailles.
Dans l'acte deux, c'est le rapport avec la mère incapable de sentiments : cruauté psychologique implacable, indifférence totale, ignorance de sa fille en tant qu'être humain.
Enfin l'acte trois parachève cette vie teintée d'instinct de survie. Un « fiancé » apparaît mais à son tour se révèle violent, impulsif, à la personnalité dévorante, synthèse de la violence des parents. La jeune fille ne s'accomplit pas en tant que femme, renie sa propre existence.

Au fil des courts chapitres, organisés en autant de tableaux, le lecteur est mis face à un constat impitoyable, celui des ravages qu'exerce sur un être fragile, la carence affective.

La force de ce récit vient de ce que les choses y sont décrites sans complaisance, mais sans récrimination, presque avec détachement, d'une écriture sèche et sans pathos. Avec, en contrepoint, la présence de la mer qui revient telle une litanie : tantôt vengeresse, tantôt consolatrice. L'héroïne, elle qui ne trouve nulle part sa place, peut exister à la mer, elle s'y retrouve, elle s'y sent plus forte, peut-être pourra-t-elle s'y reconstruire.

Très secouant.

 

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No et moi, par Delphine de VIGAN

Ed. J-Cl Lattès
Roman

« No et moi » est un roman agréable dans sa lecture et surtout généreux dans son propos. Le monde des adolescents si bien décrit, tellement bien vécu ouvre une porte sur un phénomène que les rues de Paris ou ailleurs, ne peuvent plus ignorer : les sans-abris.

Une petite surdouée, Lou, incarnation de la timidité, a décidé de faire un exposé sur l'expérience vécue d'une jeune SDF de 18 ans, No, qu'elle croise souvent dans le hall d'une gare. Un travail d'école qui débouche sur une leçon de vie pour elle, ses parents et nous.

De récits en confidences, en échange de quelques verres, Lou découvre No. Même si c'est la première qui pose les questions, c'est No qui dirige les échanges.
Et après l'exposé, réussi, Lou se rend compte qu'elle a peut-être plus besoin de No que l'inverse ; et qu'aider No serait une façon de s'aider, elle, à grandir. Contre toute attente, la famille accepte d'accueillir No, le temps de se refaire une santé, de chercher et trouver un travail et finalement de retourner à sa propre vie.

Le livre est soutenu de bout en bout par la touchante Lou (émule de la petite surdouée de « L'Elégance du hérisson ») ; c'est elle qui raconte, d'abord sa vie dans une famille où règne le silence (mère dépressive…) ; elle a envie de changer le monde, est persuadée en être capable. Son intelligence lui fait poser des questions réfléchies mais pourtant terriblement naïves. On assiste à sa découverte de l'injustice et à son désarroi quand elle comprend que l'intelligence est impuissante face à certains problèmes. On la regarde grandir.

A première vue, « No et moi » semble plutôt destiné à un public adolescent. La langue et l'histoire sont simples : des fêtes, une cour d'école, un premier baiser… Mais l'auteure évite de faire un conte simpliste et manichéen sur la solidarité humaine, un empilement de clichés cimentés par un fatras de bons sentiments. Son livre est plein de subtilité, la morale absente. Elle raconte simplement deux destins qui se croisent, progressent un peu en parallèle avant de reprendre chacun leur chemin propre. Et ça tient la route : une histoire incroyablement juste, sensible, une plume pudique et fluide, l'émotion affleure sans excès. La romancière a trouvé la voix juste, celle d'un enfant en avance, mais qui renvoie à la naïveté de bien des adultes face à l'exclusion.

A lire avec plaisir.

 

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Ce que Dominique n'a pas su, par J. HARPMAN

Ed. Grasset
Roman

On est très vite emporté dans ce dernier roman de J.Harpman, par ce qui fait son talent et son succès : la vie, l'impétuosité, l'humour, la liberté et l'insolence. Elle se plait à observer les individus dans leurs comportements et les sociétés, de son temps ou non, dans leurs mœurs et dans les dérives qu'entraînent préjugés, peurs ou hypocrisies. Cette rébellion contre des conventions ou des habitudes inutiles est, chez elle (ou chez son héroïne) une constante.

En 1862, Eugène Fromentin écrivait « Dominique ». Le roman contait l'amour de Dominique pour Madeleine, auquel il renonça car elle était mariée. Presque un siècle et demi plus tard, J.Harpman reconsidère l'œuvre et la revisite par les yeux de Julie, sœur cadette de Madeleine, qui, de personnage secondaire, devient héroïne principale et narratrice.

Femme libérée, elle raconte son époque en s'adressant aux lecteurs d'aujourd'hui et nous apostrophe sur les coutumes en vigueur alors : l'obligation pour une femme convenable de se marier, l'impossibilité pour elle de suivre des études, l'hypocrisie des sentiments… On retrouve le type féminin favori de la romancière : une fille en colère, indocile, rebelle envers tout : son éducation, sa condition, son époque, son rôle. Pas bonne, elle s'emporte aussi bien contre elle que contre les autres. Elle est d'une beauté rare quoique ombrageuse, d'une lucidité exceptionnelle, dotée de toutes les curiosités, maîtrise de soi et des choses qui la poussent à enfreindre les règles et lui permettent de comprendre le monde sinon de le diriger.

Jacqueline Harpman grand cru que cette quête de vérité des personnages, rétablissement historique du récit original, récit d'introspection, autopsie des sentiments et des relations.

Avec un style choisi aux allures de dix-neuvième revisité, l'auteure nous livre un récit envoûtant, des portraits tranchants, des analyses magistrales des relations entre héros : n'oublions pas la psychanalyste qu'est aussi Jacqueline Harpman.

A lire absolument.

 

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Conseils de lecture de votre responsable section adulte :
Mimi Van de Putte.

 
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